Le Front Commun pour la Justice Sociale du Nouveau-Brunswick a envoyé cette lettre au ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, Trevor Holder, en réponse à ses commentaires concernant le programme de travail social de l’Université St. Elle est reproduite intégralement ci-dessous.

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Honorable Trevor A. Holder,

Le Front commun pour la justice sociale a lu avec inquiétude vos commentaires récemment publiés dans The Aquinian. Dans ces commentaires, vous blâmez ce que vous percevez comme un «manque de compétences» des travailleurs sociaux, qui travaillent au ministère du Développement social, de «retirer les clients» de l’aide sociale.

Ces commentaires sont insensibles à la fois aux réalités vécues par les travailleurs sociaux et aux Néo-Brunswickois recevant le programme d’aide sociale. Les travailleurs sociaux doivent faire leur travail dans les limites du système – un système qui est, franchement, brisé. Pendant des années, les militants et les membres de notre organisation ont formulé plusieurs recommandations sur la façon d’améliorer le programme et de réduire les obstacles à l’emploi, et nous avons fourni ses recommandations au gouvernement. À ce jour, elles ont été accueillies dans le silence.

Nous voulons commencer par quelques faits. Vos commentaires déforment activement le rôle et la fonction du programme d’aide sociale. Il existe en fait deux volets d’aide sociale – l’un est le programme de prestations prolongées. Ces bénéficiaires ne (re)joindront pas le marché du travail. L’autre volet, le programme d’aide transitoire, a en fait été très efficace au cours de la dernière décennie avec une réduction de 15% des cas, selon un rapport statistique portant sur le Nouveau-Brunswick.

Pour les personnes bénéficiant du programme d’aide transitoire, il existe des obstacles qui empêchent les Néo-Brunswickois capables de travailler d’entrer sur le marché du travail. L’un des principaux obstacles est la «politique d’exemption» du Ministère. La politique actuelle d’exemption de salaire du ministère du Développement social ne permet aux personnes seules qui sont aptes au travail que de conserver leur premier 150 dollars gagnés. Par la suite, leur salaire est récupéré à hauteur de 70 %. Cette politique est punitive et décourage les bénéficiaires de l’aide sociale à travailler davantage d’heures pour améliorer leur situation financière. Il est souvent difficile pour les employeurs d’embaucher ces personnes à temps partiel à cause de la bureaucratie exigée concernant la confirmation de leur revenu.

Nous demandons que cette politique soit modifiée par le Cabinet provincial afin d’indiquer que, pour tous les bénéficiaires de l’aide sociale, l’allocation d’exemption de salaire soit de 500 $ par mois avant que la récupération de 70 % ne soit appliquée. Avec plus d’argent en poche, les bénéficiaires de l’aide sociale auront la possibilité de mieux couvrir leurs besoins fondamentaux. Ils doivent pouvoir conserver leur salaire jusqu’à ce qu’il atteigne progressivement le niveau de revenu correspondant à la mesure du panier de consommation. Ils dépenseront sans aucun doute cet argent supplémentaire au niveau local, améliorant ainsi l’économie de leur communauté.

Les travailleurs sociaux ne sont pas à blâmer pour les problèmes de notre programme d’aide sociale. Les décisions successives des gouvernements de ne pas bâtir une économie qui fonctionne pour tous en maintenant le salaire minimum bas et les conditions de travail générales médiocres pour satisfaire les entreprises au détriment des travailleurs ont contribué à la stagnation du marché du travail. À 11,70 $ / heure, le salaire minimum est le plus bas au pays, 7,85 $ / heure de moins que ce qui est considéré comme un salaire décent pour la région de Saint Jean en 2020. Les employeurs comptent de plus en plus sur le travail occasionnel, en octroyant quelques quarts de travail ici et là, ce qui signifie qu’une personne doit travailler plus d’un emploi pour joindre les deux bouts. Les Néo-brunswickois n’ont pas accès à des congés de maladie payés.

Tous ces enjeux, de la modification de la «politique d’exemption» aux problèmes en milieu de travail qui pourraient être réglés par la modernisation de la Loi sur les normes d’emploi, sont en votre pouvoir d’agir. Engendrer des modifications législatives à cet effet, au lieu de cibler injustement les universités, en ferait beaucoup plus pour les bénéficiaires de l’aide sociale.

Le travail des travailleurs sociaux n’est pas de «réparer l’économie». C’est à vous de le faire.

Cordialement,

 

Johanne Petitpas                                            Gabrielle Ross-Marquette

Co-présidente communautaire                       Co-présidente syndicale